Deux réglages, deux rôles
Pour humaniser des vélocités, il faut séparer deux idées. La première, c'est ce que le musicien veut jouer : piano ici, crescendo là, accent sur ce temps. C'est la courbe de vélocité, l'intention. La seconde, c'est à quel point sa main est précise : un pianiste ne tombe jamais pile sur la valeur qu'il vise. C'est la dispersion, réglée par l'écart-type.
Si vous mélangez les deux, vous perdez le contrôle. Une randomisation sans courbe donne des écarts sans intention. Une courbe sans dispersion donne une intention jouée par une machine. Le bon résultat vient des deux ensemble. Si vous partez de zéro, commencez par comment humaniser du MIDI.
Hasard uniforme ou loi normale : la vraie différence
La plupart des fonctions de randomisation tirent au hasard de façon uniforme : avec plus ou moins 20 autour de 80, chaque valeur entre 60 et 100 a la même chance de sortir. Une note à 60 est aussi probable qu'une note à 80. Sur 16 notes, vous aurez souvent plusieurs notes très à côté de la nuance voulue.
Une loi normale, ou gaussienne, a la forme d'une cloche. La plupart des valeurs sont près du centre, et plus on s'éloigne, plus elles se font rares. C'est exactement la façon dont un musicien se trompe : presque toujours de peu, rarement de beaucoup. La page de MIDI Humanizer le montre avec mille vélocités autour de 80 : à gauche une randomisation uniforme de ±20, à droite une gaussienne d'écart-type 10, où les écarts francs restent rares.
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Un détail intéressant : une plage uniforme de ±20 a un écart-type d'environ 11,5. Elle disperse donc à peu près autant, en moyenne, qu'une gaussienne d'écart-type 10. Ce n'est pas la quantité de hasard qui change, c'est sa forme. Et c'est la forme que l'oreille entend : beaucoup de notes justes et quelques écarts, ou des écarts partout.
Lire un écart-type en vélocités
L'écart-type se lit facilement avec trois repères, valables pour toute loi normale :
- environ 2 notes sur 3 tombent à moins d'un écart-type de la courbe ;
- environ 95 % tombent à moins de deux écarts-types ;
- presque toutes, environ 99,7 %, tombent à moins de trois écarts-types.
| Écart-type | 2 notes sur 3 entre | Presque toutes entre | Caractère |
|---|---|---|---|
| 3 | 77 et 83 | 71 et 89 | Très régulier, presque mécanique |
| 6 | 74 et 86 | 62 et 98 | Régulier, jeu maîtrisé |
| 10 | 70 et 90 | 50 et 110 | Vivant, bon point de départ |
| 15 | 65 et 95 | 35 et 125 | Très expressif, parfois instable |
| 25 | 55 et 105 | 5 et 127 | Instable, les écarts deviennent des fautes |
Attention aux bords : une vélocité MIDI ne dépasse pas 127 et ne descend pas sous 1. Si votre courbe est à 120 avec un écart-type de 15, une bonne partie des notes du haut sont coupées à 127 et la dispersion devient bancale. Gardez la courbe à distance des bords, ou réduisez l'écart-type sur les passages très forts ou très doux.
Faire évoluer la courbe et l'écart-type dans le temps
Une courbe de vélocité, c'est une nuance qui bouge. Un crescendo est une pente qui monte, un decrescendo une pente qui descend, une phrase en arche monte vers un sommet puis redescend. Deux ou trois points suffisent la plupart du temps.
L'écart-type, lui aussi, peut changer. Un musicien est souvent plus précis dans un passage calme et plus libre dans un passage intense. Une fin de morceau qui s'éteint se joue avec une grande retenue. Faire varier la dispersion dans le temps, c'est reproduire cette évolution du jeu, pas seulement de la nuance.
- 1
Dessinez l'intention avec peu de points
Placez un point au début, un au sommet de la phrase, un à la fin. Évitez les dents de scie : la vie vient de la dispersion, pas de la courbe.
- 2
Choisissez un écart-type de base
Partez de 10. Écoutez la partie dans le mix.
- 3
Ajustez selon le caractère
Descendez vers 4 à 6 pour un choral, un ostinato ou un passage qui doit rester droit. Montez vers 12 à 15 pour un jeu plus libre.
- 4
Faites évoluer la dispersion
Réduisez l'écart-type sur une coda qui s'éteint, augmentez-le légèrement au sommet d'un crescendo.
- 5
Vérifiez les bords
Si la courbe approche 127 ou le très grave, réduisez l'écart-type à cet endroit pour éviter les notes coupées.
Un exemple : une phrase de piano sur 8 mesures
Prenons une mélodie de piano qui part doucement, culmine vers la mesure 6 et se pose sur la dernière note. La courbe de vélocité part à 60, monte à 88 vers les trois quarts de la phrase, puis redescend à 65. L'écart-type commence à 8, monte à 12 au sommet, où le jeu se libère, et redescend à 5 sur la fin, où la main se fait précise. Résultat : les deux premières mesures restent sages, le sommet respire, la fin se pose sans accident. Avec une randomisation uniforme fixe de ±20, la même phrase aurait des notes à 45 dans le début calme et des notes à 105 dans la descente, sans aucun rapport avec la musique.
Des points de départ à ajuster à l'oreille. La valeur de 10 est celle montrée sur la page de MIDI Humanizer.
| Écart-type général | 10 | Vivant sans être instable |
|---|---|---|
| Passage très régulier | 4 à 6 | Choral, ostinato, accompagnement discret |
| Passage expressif | 12 à 15 | Solo libre, sommet de phrase |
| Coda qui s'éteint | descendre vers 3 à 5 | La main se fait plus précise quand le son se retire |
| Courbe près des bords | rester sous 110 environ avec un écart-type de 10 | Laisse la place aux écarts vers le haut |
Avec MIDI Humanizer : deux courbes l'une sous l'autre
MIDI Humanizer, bientôt disponible pour Logic Pro et GarageBand, est construit autour de cette idée. Chaque calque a deux éditeurs : Vélocité (t), la courbe d'intention, de 1 à 127, et Écart-type (t), la dispersion, de 0 à 40. Les deux sont dessinées dans le temps, sur la durée du mouvement en mesures.
Sur la courbe de vélocité, des pointillés montrent un écart-type de part et d'autre : vous voyez directement la zone où tomberont deux notes sur trois. Quand l'écart-type grandit, les pointillés s'écartent ; quand il diminue, ils se resserrent sur la courbe. Le bouton Toute la courbe décale une courbe entière sans changer sa forme.
Une fois une courbe réussie, le menu Courbes l'enregistre seule, avec son écart-type, sous un nom. Vous pouvez ensuite la réutiliser sur n'importe quel calque : un crescendo type, une arche de phrase, une coda. Pour appliquer des courbes différentes aux temps forts ou à la mélodie, voir humaniser par calques et mouvements.

Questions fréquentes
Qu'est-ce que l'écart-type d'une vélocité ?
C'est la mesure de la dispersion des notes autour de la nuance visée. Avec une loi normale, environ deux notes sur trois tombent à moins d'un écart-type de la courbe. Un écart-type de 10 autour de 80 met donc deux notes sur trois entre 70 et 90.
Pourquoi une loi normale sonne-t-elle plus humaine qu'un hasard uniforme ?
Parce qu'un musicien vise une nuance et tombe le plus souvent tout près, avec de rares écarts francs. C'est la forme d'une cloche. Un hasard uniforme rend les gros écarts aussi fréquents que les petits, ce qui sonne comme une main qui ne contrôle pas sa frappe.
Quel écart-type choisir pour un piano ?
Partez de 10 et écoutez dans le mix. Pour un accompagnement très régulier ou un choral, descendez vers 4 à 6. Pour une mélodie expressive, montez vers 12 à 15, en gardant la courbe loin de 127.
Peut-on faire varier l'écart-type pendant le morceau ?
Oui, c'est même une bonne idée : un jeu plus serré dans les passages calmes, un peu plus libre dans les passages intenses. Dans MIDI Humanizer, l'écart-type se dessine en courbe dans le temps, comme la vélocité.
Que se passe-t-il si la courbe est trop près de 127 ?
Les vélocités MIDI ne dépassent pas 127, donc les notes qui devraient monter plus haut sont coupées à cette valeur. La dispersion devient déséquilibrée, avec beaucoup de notes au maximum. Baissez la courbe ou réduisez l'écart-type à cet endroit.
Mis à jour le 03/10/2026.
