Avant de toucher un réglage : quel piano voulez-vous ?
Mixer un piano, ce n'est pas empiler des effets. C'est d'abord décider d'où on l'écoute. Un piano entendu depuis le tabouret, c'est de l'attaque, un peu de mécanique, des graves bien présents. Le même piano entendu depuis le cinquième rang, c'est plus de salle, des attaques plus rondes, une image plus étroite. Les deux sont justes. Ce qui sonne faux, c'est un mélange flou des deux.
Posez-vous aussi la question du rôle. Un piano seul peut occuper tout le spectre et toute la largeur. Un piano qui accompagne une voix doit lui laisser le centre et le médium.
Enfin, écoutez ce que votre piano virtuel apporte déjà. Beaucoup de pianos VST sont enregistrés avec plusieurs micros, et certains ajoutent leur propre réverbe. Jouez un accord, lâchez-le, et écoutez la fin de la note : si une traîne est déjà là, notez-le, vous en tiendrez compte à l'étape 7.
Voici les symptômes les plus fréquents, et l'étape de ce guide qui les traite :
- Plat, sans relief : les nuances ne ressortent pas. Voir la dynamique (étape 6) et la salle (étape 7).
- Dur, agressif dans les forte : trop d'énergie entre 2,5 et 6 kHz. Voir l'étape 4.
- En boîte : un médium bas trop chargé et une pièce trop petite. Voir les étapes 3 et 7.
- Boueux : le grave et le bas-médium s'accumulent, surtout avec la pédale. Voir l'étape 3.
- Creux en mono : un problème de phase entre micros. Voir l'étape 2.
La méthode en huit étapes
L'ordre compte : d'abord la prise de son, puis la correction (égalisation, compression), puis l'habillage (salle, effets). Ajoutez la réverbe en premier, et vous corrigerez ensuite un son déjà noyé.
- 1
Choisir la perspective et les micros
Proche des marteaux pour l'attaque, vers la queue pour la chaleur, loin pour la salle. Dosez ces sources avant tout le reste.
- 2
Vérifier la phase et la largeur
Écoutez en mono. Si le son se creuse, deux micros s'annulent : rapprochez-les ou baissez l'un des deux.
- 3
Nettoyer le grave
Un coupe-bas doux sous la note la plus grave, puis une petite coupe dans le bas-médium si ça bourdonne.
- 4
Calmer la dureté
Cherchez la zone 2,5 à 6 kHz dans les passages forts, et ne la réduisez que là où elle blesse.
- 5
Compresser à peine
Une compression lente et légère, ou parallèle, pour la tenue. Les attaques doivent rester intactes.
- 6
Retrouver la dynamique
Vérifiez que les notes douces et fortes se distinguent encore, au besoin en retouchant les vélocités.
- 7
Poser la salle
Une salle naturelle adaptée au style, puis éventuellement une réverbe créative, toujours dosée par rapport au son sec.
- 8
Protéger et comparer
Un limiteur de crêtes, des graves en mono, et une comparaison avant/après au même volume.
Étape 1 : choisir la perspective et doser les micros
En studio, on enregistre souvent un piano à queue avec plusieurs couples de micros. Un couple proche, à une vingtaine de centimètres au-dessus des marteaux, capte l'attaque et la précision. Un couple placé vers la queue, au-dessus des cordes graves, donne un son plus rond, plus riche, avec moins de bruit de mécanique. Un couple d'ambiance, à quelques mètres dans l'axe du couvercle ouvert, capte la salle. Le son final est un dosage entre ces trois points de vue.
Avec un piano virtuel, vous retrouvez souvent ces mêmes micros sous forme de curseurs. Le réflexe utile : partir d'un seul micro qui porte le son (le « meneur »), puis ajouter les autres en dessous, comme on ajoute du sel. Si tous les micros sont au même niveau, le son devient large mais flou, parce que chaque micro arrive avec un petit décalage.
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Pour aller plus loin sur les positions et leurs effets, le guide placer les micros d'un piano virtuel détaille chaque emplacement et les erreurs de placement les plus courantes.
Étape 2 : vérifier la phase et la largeur
Le son voyage à environ 343 mètres par seconde. Un micro placé un mètre plus loin qu'un autre reçoit donc la même note avec à peu près 2,9 ms de retard. Mélangés, les deux signaux s'additionnent sur certaines fréquences et s'annulent sur d'autres : c'est le filtrage en peigne. On l'entend comme un son creux, un peu métallique, qui change quand on bouge un curseur de niveau.
Le test le plus simple : passez la sortie en mono (dans Logic Pro, le plug-in Gain a un bouton Mono, à placer sur la sortie). Si le piano perd soudain du grave ou du corps, deux sources sont en opposition. Trois remèdes, dans cet ordre : baisser le micro le plus lointain, rapprocher les positions, ou inverser la polarité d'un micro et garder la version qui sonne la plus pleine.
Côté largeur, choisissez un sens et tenez-le. Perspective pianiste : graves à gauche, aigus à droite. Perspective public : l'inverse, ou une image plus resserrée. Un piano étalé à 100 % d'un bord à l'autre impressionne seul au casque, mais il mange la place des autres instruments dans un arrangement.
Étape 3 : nettoyer le grave et la boue
La note la plus grave d'un piano standard, le la grave, a une fondamentale vers 27,5 Hz. En dessous, il n'y a que du bruit de pédale et du grondement. Un coupe-bas doux vers 25 à 30 Hz ne retire rien de musical. Dans un mix chargé (basse, kick), on peut monter plus haut, mais écoutez le piano seul en même temps pour ne pas lui retirer son assise.
La boue, elle, se loge plutôt entre 200 et 400 Hz. C'est la zone où les accords de main gauche s'empilent, surtout avec la pédale de sustain. Une coupe large de 1 à 3 dB dans cette zone éclaircit souvent tout le piano, sans le rendre maigre. Le son « en boîte » vient en général d'un excès un peu plus haut, entre 400 Hz et 1 kHz : balayez avec une cloche étroite, trouvez la note qui sonne comme du carton, et retirez-en peu.
| Zone | Ce qu'on y entend | Geste habituel |
|---|---|---|
| Sous 30 Hz | Grondement, bruits de pédale | Coupe-bas doux |
| 60 à 150 Hz | Le poids des basses | À garder, sauf conflit avec la basse |
| 200 à 400 Hz | La boue des accords graves | Petite coupe large |
| 400 Hz à 1 kHz | Le son en boîte, nasal | Coupe étroite ciblée |
| 2,5 à 6 kHz | Dureté, attaque, marteaux | Coupe dynamique dans les forte |
| Au-dessus de 10 kHz | Air, brillance des cordes | Plateau très doux si le son est terne |
Le détail de ces zones, avec la façon de les trouver à l'oreille, est dans égaliser un piano sans le dénaturer.
Étape 4 : calmer la dureté sans éteindre le piano
L'oreille humaine est très sensible entre 2,5 et 6 kHz. C'est là que se trouvent l'attaque du marteau et la présence. Dans un passage doux, cette zone donne de la définition. Dans un fortissimo, elle peut devenir agressive. Si vous la coupez avec un égaliseur fixe, vous ternissez aussi les passages doux, qui n'avaient rien demandé.
La bonne approche est dynamique : une coupe qui n'agit que quand la zone dépasse un seuil. Un égaliseur dynamique ou un compresseur multibande fait ce travail. Réglez-le pour qu'il réduise de 2 à 4 dB sur les accords forts et ne touche à rien le reste du temps.
Étape 5 : une compression douce pour la tenue
Le piano est un instrument très dynamique, et c'est sa beauté. Une compression trop forte l'aplatit et fait pomper la résonance. Si vous compressez, faites-le avec légèreté. Points de départ généraux : un ratio autour de 2:1, une attaque lente (20 à 30 ms) pour laisser passer le coup de marteau, un relâchement moyen, et 2 à 3 dB de réduction sur les passages forts, pas plus.
Autre option, souvent plus naturelle : la compression parallèle. On mélange au son d'origine une copie très compressée. Les attaques restent celles du son d'origine, et la copie compressée remonte la tenue des notes et la densité. Dosez-la jusqu'à sentir le piano plus « tenu », puis reculez un peu.
Étape 6 : retrouver la dynamique
Un piano plat vient très souvent du jeu MIDI lui-même : des vélocités trop proches les unes des autres, ou toutes quantifiées à la même valeur. Aucun égaliseur ne recrée un contraste qui n'existe pas dans les notes. Vérifiez dans l'éditeur de Logic Pro que les notes de mélodie sont un peu plus fortes que l'accompagnement, et que les nuances du morceau se lisent dans les vélocités.
Si vos vélocités sont trop régulières, le guide varier les vélocités MIDI montre comment leur redonner de la vie, et humaniser du MIDI explique la démarche complète.
Étape 7 : poser la salle
La salle donne la distance et l'émotion. Une petite pièce avec une durée courte (moins d'une seconde) garde le piano proche et net, pour la pop ou le jazz. Une salle de concert moyenne, autour de 1,5 à 2 secondes, donne la perspective d'un récital. Une église ou un grand espace, au-delà de 2,5 secondes, convient aux notes tenues et aux pièces lentes.
Deux réglages font plus que la durée : le dosage entre son sec et son réverbéré, et l'amortissement des aigus. Une salle trop claire rend vite le piano artificiel. Et si votre piano virtuel contient déjà de la salle, réduisez la vôtre d'autant. Pour choisir entre une salle réaliste et une réverbe plus créative, voyez reverb de piano : salle ou créative.
Étape 8 : protéger et comparer au même volume
Dernière étape, souvent oubliée. Un limiteur rapide en sortie empêche les crêtes de dépasser le plafond. Des graves en mono évitent les annulations dans le bas. Et comparez toujours au son d'origine au même volume : un son plus fort paraît toujours meilleur, et on garde alors un réglage qui n'apporte que du niveau.
Avec SymphoniquePiano : le même chemin dans un seul effet
SymphoniquePiano est un plugin Stradal Audio en développement, que vous pouvez déjà essayer dans la démo du site. C'est un effet Audio Unit pour Logic Pro, qui se place après votre piano virtuel ou sur un piano déjà mixé. Il pose quatre micros virtuels autour du son (Clavier, Marteaux, Queue, Ambiance) et regroupe les huit étapes ci-dessus dans ses onglets : Style, Micros, Piano, Égaliseur, Salle, Effets, Protection et Mixage.
- 1
Lancer l'assistant AUTO
Il pose quelques questions, écoute votre jeu pendant 18 secondes et propose ses réglages. Jouez un passage avec des moments doux, des moments forts et une respiration. Chaque réglage reste modifiable, et on revient en arrière d'un clic.
- 2
Ou partir d'un style
Dans l'onglet Style, vingt styles de jeu, du récital au studio sec jusqu'aux styles poétiques. Un clic règle salle, égaliseur et effets ; tout reste ensuite modifiable à la main.
- 3
Doser les micros
Dans l'onglet Micros, le curseur de chaque micro règle son niveau ENTRE les autres, jamais le volume total : monter un micro ne fait pas saturer. Écart, Ouverture et Hauteur affinent chaque position.
- 4
Régler le clapet et la dynamique
Onglet Piano : clapet ouvert pour la brillance, fermé pour un son plus rond. Le curseur Dynamique retrouve le contraste entre notes douces et fortes.
- 5
Corriger avec l'égaliseur
La correction automatique mesure ce que fait votre VST et corrige à la marge ce qui sort du cadre. Retouchez directement la courbe au doigt.
- 6
Poser la salle et les effets
Salle naturelle ou réverbe créative, puis de petites touches : glue, adoucisseur, air, écho, saturation.
- 7
Vérifier la protection et comparer
Limiteur, graves en mono, garde de phase, réverbe déjà présente, clarté. Puis le bouton A/B, au même volume.
Le curseur Dosage, en haut, règle la part du traitement ajoutée au son d'origine : à 0 %, vous entendez le piano de votre VST tel quel.
Valeurs réelles de trois styles de SymphoniquePiano, à prendre comme point de départ et à ajuster à l'oreille. Les micros sont donnés dans l'ordre M1 (le meneur) à M4 (le plus éloigné, la salle).
| Style Classique : clapet | Ouvert | La brillance d'une perspective de récital |
|---|---|---|
| Style Classique : durée de salle | 0,95 s | Une salle neutre de taille moyenne |
| Style Classique : sec / réverbéré | 20 % | Assez de salle sans perdre la définition |
| Style Classique : micros M1 à M4 | 82 / 40 / 20 / 18 | Un meneur, du soutien, de la salle, sans qu'aucun ne domine |
| Style Pop ballade : durée de salle | 1,2 s | Petite pièce, rien qui traîne |
| Style Pop ballade : sec / réverbéré | 16 % | Proche, clair, collé |
| Style Derrière une voix : clapet | Mi-ouvert | Moins de mordant sous la voix |
| Style Derrière une voix : sec / réverbéré | 12 % | Une réverbe courte qui laisse la place à la voix |
Pour la dureté, l'Adoucisseur de l'onglet Effets fait exactement le travail de l'étape 4 : il ne coupe la zone dure (2,5 à 6 kHz) que quand elle ressort, dans les fortissimos. Pour la tenue, la Glue est une compression parallèle : plus de densité et de tenue, les attaques restent intactes. Et l'Air ajoute un plateau très doux au-dessus de 11 kHz, de l'ouverture sans dureté.
Côté protection, le Limiteur voit les crêtes arriver 1,5 ms à l'avance : le son ne dépasse jamais le plafond, sans casser les attaques. La Compensation de volume garde le volume du son d'origine, pour que l'A/B soit honnête. Les Graves en mono rendent gauche et droite identiques sous la fréquence choisie, et la Garde de phase resserre la stéréo si elle part en opposition. Enfin, Réverbe déjà présente mesure la salle contenue dans votre piano et réduit la sienne d'autant : c'est la réponse directe au piège décrit au début de ce guide.

Une fois le mixage posé, si vous écrivez aussi la partition de vos morceaux, le guide partition de piano main gauche, main droite prend le relais. Et pour un piano qui doit avant tout tromper l'oreille, lisez rendre un piano virtuel réaliste.
Questions fréquentes
Faut-il compresser un piano au mixage ?
Pas forcément. Un piano bien joué a souvent besoin de très peu de compression. Si vous en mettez, restez léger (2 à 3 dB de réduction, attaque lente) ou utilisez une compression parallèle, qui garde les attaques intactes.
À quelle fréquence couper le bas d'un piano ?
La note la plus grave d'un piano standard a une fondamentale vers 27,5 Hz. Un coupe-bas doux vers 25 à 30 Hz ne retire rien de musical. Dans un arrangement chargé, on peut couper plus haut, en écoutant le piano seul pour garder son assise.
Pourquoi mon piano virtuel sonne dur dans les forte ?
Parce que la zone de 2,5 à 6 kHz, où se trouve l'attaque du marteau, ressort beaucoup quand on joue fort. Une coupe dynamique, qui n'agit que sur les passages forts, la calme sans ternir les passages doux.
Dans quel ordre mettre les effets sur un piano ?
D'abord ce qui touche la prise de son (micros, phase), puis la correction (égaliseur, compression), puis l'habillage (salle, effets) et enfin la protection (limiteur). Mettre la réverbe trop tôt oblige à corriger un son déjà noyé.
SymphoniquePiano remplace-t-il mon piano virtuel ?
Non. SymphoniquePiano est un effet qui se place après votre piano virtuel ou sur un piano déjà mixé, dans Logic Pro. Il est en développement, et vous pouvez déjà essayer son interface dans la démo du site.
Mis à jour le 03/10/2026.
